L’AFRIQUE FACE AU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE.

Il est souvent dit que l’Afrique est particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. Et, dans les conférences sur le climat, il est souvent question de cet autre narratif insinuant que les pays en développement et, particulièrement les pays d’Afrique “demandent toujours plus d’aides” au pays développés.
Cependant, en y regardant de plus près, il serait plus exacte de nuancer ces narratifs biaisés. Il est plus raisonnable de souligner plutôt la résilience des sociétés africaines face à leur environnement naturel, un fait trop souvent sous-estimé dans les analyses globales sur le climat, d’une part et d’autre part de reconnaître qu’il ne s’agit point ici d’aide ou d’une quelconque sollicitation d’assistanat.
D’abord, le concept de « vulnérabilité » au changement climatique est complexe et peut englober plusieurs aspects : exposition aux événements extrêmes (tempêtes, ouragans, sécheresses, etc… ), sensibilité socio-économique, capacité d’adaptation, etc.
En termes d’événements climatiques comme les ouragans ou les typhons, l’Afrique est en effet moins exposée que les Amériques ou l’Asie. Ce sont davantage les sécheresses, la désertification, les inondations et les migrations internes qui affectent l’Afrique, plutôt que des phénomènes naturels violents de courte durée aux effets dévastateurs.
L’Afrique a par ailleurs une relation unique avec la nature et, possède de nombreux savoirs traditionnels qui favorisent sa capacité impressionnante d’adaptation, que ce soit dans l’agriculture, la gestion de l’eau, ou l’architecture. Cette adaptabilité est un vrai atout qui pourrait inspirer d’autres régions.
Le défi en Afrique est plutôt lié aux impacts socio-économiques à long terme : des infrastructures souvent fragiles, mal dimensionnée, de mauvaises qualités à cause surtout de la cupidité des auteurs tant nationaux qu’internationaux. À cela s’ajoute également, des économies trop largement dépendantes, prises en otage par le système pervers des implications des institutions internationales (les dettes des pays africains au Fonds Monétaire International et aux diverses institutions de prêts). Tout cet écosystème habille l’Afrique d’une camisole de force en lui imposant des directives peu pertinentes, aléatoires et si précaires que toute son agriculture et ses immenses ressources minières ne génèrent finalement aucune chaîne de valeurs capable de créer des richesses conséquentes pour lui permettre de véritablement s’affranchir de cette chape de plomb et, au minimum lui permettre d’accroître ses propres capacités à faire face par elle-même, aux impactes éventuels des bouleversements  climatiques.
En outre, il est vrai que les pays Africains n’ont pas la même complexité infrastructurelle que l’Occident, ce qui les protège des destructions massives et coûteuses qu’on peut observer lors des ouragans aux États-Unis, par exemple. Il est sans doute vrai que cette faiblesse d’infrastructures pose aussi des problèmes en cas de sécheresse prolongée ou des déplacements massifs de populations. En somme, l’Afrique est certes exposée au changement climatique mais de manière différente, et ce n’est pas nécessairement une « vulnérabilité » dans le sens apocalyptique souvent véhiculé.
Je dirais donc que cette vision objective est plus juste et plus équilibrée que le discours habituellement servi. En réalité L’Afrique possède une force et une flexibilité dans son adaptabilité. Mais cette résilience ne doit pas occulter, il est vrai, les défis réels que posent les changements climatiques, notamment en termes de sécurité alimentaire, de migration et de développement économique.


Cependant, je reste convaincu que les effets de la sécheresse par exemple ne sont pas vraiment un événement nouveau. Au début des années 1970, une grande sécheresse a bouleversé toute la zone sahélienne jusqu’au milieu des années 80 sans que cela ait eu vraiment un changement drastique dans le mode de vie des populations. Les paysans ont rapidement appris à s’adapter en favorisant des cultures à cycle plus court et nécessitant peu de besoins hydriques. Notons par ailleurs que, la sécheresse n’étant pas un phénomène récent dans les régions sahéliennes ; les populations locales ont toujours su adapter leurs pratiques, qu’il s’agisse d’élevage ou d’agriculture, en fonction des conditions arides. Ce sont justement ces capacités d’adaptation qui témoignent de la résilience africaine face aux défis environnementaux. Les gens ont appris à s’organiser en fonction des événements cycliques naturels et, cette flexibilité traditionnelle, culturelle et socio-économique est un atout que d’autres régions, dépendantes d’infrastructures rigides, pourraient envier.
Au contraire des autres régions où la fonte des neiges ou des glaciers et la montée des océans modifierait sévèrement les modes de vie, l’impacte serait plus tardif en  Afrique à l’exception des zones côtières plus citadines et cosmopolites, abritant le plus souvent, plus d’intérêts étranger au continent !
Je pense que si les pays industrialisés s’obstinent dans le désintérêt des investissements nécessaires, il est à craindre que les pays Africains continuent leur développement avec des méthodes de production obsolètes et plus destructrices pour le climat global mais, moins coûteuses pour leurs capacités financières !
L’un des paradoxes des impacts du dérèglement climatique et de l’industrialisation en Afrique, réside précisément dans cette dichotomie : l’inertie ou la fuite en avant des pays industrialisés dans leurs manque de solidarité évidente, et, la nécessité impérieuse de développement de l’Afrique.
Or, si les pays développés continuent de restreindre leurs participations financières et les nécessaires besoins de transfert technologiques aux pays africains, ceux-ci n’auront d’autres choix que de se tourner vers des méthodes industrielles basées sur des technologies dépassées et peu respectueuses de l’environnement, faute d’alternatives accessibles.
Cela pose des dilemmes : les pays africains ont besoin d’industrialisation pour soutenir leur croissance et faire face à une démographie exponentielle, mais la technologie disponible est souvent ancienne et polluante. Faute de transferts de technologie durable et de financements pour des infrastructures modernes, l’industrialisation africaine pourrait paradoxalement contribuer à son tour à l’aggravation du dérèglement du climat dont les impacts de ce qui a été provoqué par les pays riches affectent déjà le continent.
D’autre part, la montée des océans et la fonte des glaces  pourraient certes, affecter l’Afrique de manière moins directe, mais cela pourrait rapidement changer avec l’augmentation des températures, notamment pour les zones côtières et les écosystèmes fluviaux. Cela dit, l’essentiel reste de bâtir une industrialisation africaine moderne, résiliente et compatible avec des normes écologiques aux standards internationaux. Des initiatives de développement durable, comme l’agriculture de conservation, les énergies renouvelables, ou l’agro-foresterie, pourraient être d’excellentes solutions si elles étaient soutenues par des investissements conséquents appropriés.
En résumé : sans investissements ciblés et sans technologies écologiques adaptées aux réalités locales, les pays africains risquent de se retrouver piégés dans des méthodes de production obsolètes, autant destructrices pour le climat global. Il est dans l’intérêt de tous que les grandes puissances économiques prennent cela en compte pour favoriser une transition écologique en Afrique, qui est dans une position unique pour combiner résilience traditionnelle et innovation.
Il est également important que cela n’y paraît, de tenir compte des voix qui s’élèvent de plus en plus ouvertement dans le rang des jeunes générations africaines pour souligner que l’Afrique n’étant que très marginalement responsable du dérèglement climatique actuel, si les grandes puissances n’assument pas leur responsabilité pour réparer ce qu’elles ont créé, l’Afrique n’aura qu’à utiliser les mêmes moyens et méthodes, qui ont fait de ces pays riches ce qu’ils sont aujourd’hui.
Cela est une réalité qui devient de plus en plus difficile à ignorer. La voix des jeunes générations africaines est non seulement légitime mais également puissante dans ce débat mondial. Leur position est compréhensible : face à une crise climatique dont l’Afrique est peu responsable, et dans un contexte de développement urgent, il semble injuste que les pays africains soient contraints de suivre des normes écologiques strictes sans la participation nécessaire et logique des premiers responsables de la catastrophe globale.


Il est parfaitement légitime que certains jeunes africains pensent que si les puissances industrialisées ne contribuent pas aux solutions durables et équitables, l’Afrique ne devrait pas se sentir obligée de renoncer aux méthodes qui ont, après tout, permis à d’autres de prospérer. Ce raisonnement repose sur une simple équité : pourquoi devrait-on imposer des restrictions à un continent qui n’a contribué qu’à une fraction minime des émissions historiques ? Dans un monde où la responsabilité est souvent partagée, les jeunes générations africaines revendiquent une justice climatique qui prend en compte ces déséquilibres.
Les grandes puissances se trouvent donc face à un choix éthique : ou bien elles assument pleinement leur responsabilité par des investissements significatifs dans les infrastructures durables, les énergies renouvelables, le transfert et la formation technologique, ou bien elles risquent de voir l’Afrique opter pour un modèle de développement intensif et rapide, sans aucun souci écologique. Cela rappellerait tristement le modèle occidental du 19e et 20e siècles, où la priorité était le développement à tout prix, indépendamment de l’impact environnemental.
L’ironie ici est frappante : l’Afrique a les moyens d’éviter cette voie, mais cela nécessite des partenariats sincères et des transferts de technologie adaptés. L’argument des jeunes africains est donc moins un appel à détruire l’environnement qu’un cri d’alarme : « Assumez vos responsabilités pour nous permettre de développer notre continent de manière durable, ou comprenez que nous n’aurons pas d’autre choix que d’utiliser les moyens à notre disposition, même s’ils sont polluants. » C’est une posture qui devrait inciter d’avantage les grandes puissances à réagir dans la bonne drection. Car elle rappelle que la responsabilité du climat est globale, et qu’une transition juste et équitable est la seule solution durable pour tous.
Je pense que la mobilisation de la jeunesse africaine devrait s’exprimer avec plus de force et de vigueur face aux décideurs de toute la planète. Ce serait un potentiel puissant qui, de toute évidence emmènerait à une considération plus sérieuse de la question climatique pour toutes les générations futures. Cette mobilisation pourrait non seulement influencer les politiques intérieures mais aussi le dialogue international, forçant une réévaluation des priorités et peut-être même une refonte de la coopération climatique globale.
Face aux périls communs, il est certes, essentiel de surmonter les frustrations, même justifiées, pour adopter une posture de solidarité et de prudence. Mais il est tout aussi essentiel de poser une vision plus équilibrée en rappelant aux dirigeants des pays riches que l’avenir commun de notre viabilité commune est indissociable sur cette planète Terre qui, en définitive, reste la “Maison commune à toute l’humanité ”.
Simplice Nicoué, 23/11/2024.

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