
Comment participent-ils au progrès de l’humanité ?
Le progrès de l’humanité n’a jamais été linéaire. Il a toujours été le fruit d’un mélange complexe de certitudes ébranlées et de règles défiées. Deux forces motrices essentielles se détachent dans cette dynamique : le doute et la transgression.
À première vue, ces notions peuvent sembler subversives ou négatives.
Mais elles se révèlent, en réalité, des moteurs puissants d’évolution. Voyons comment elles participent à façonner le progrès humain.
Le doute est l’une des forces fondamentales qui poussent l’humanité à avancer. Il constitue le point de départ de toute réflexion critique et, par extension, de tout progrès. En refusant d’accepter les vérités établies comme immuables, l’esprit humain s’ouvre à de nouvelles perspectives.
Prenons quelques exemples révélateurs :
Le Doute scientifique : dans l’histoire des sciences, les grandes avancées ont souvent émergé d’un doute face aux paradigmes dominants. Galilée, par exemple, a défié la conception géocentrique de l’univers imposée par l’Église, ouvrant la voie à la révolution scientifique. De même, Darwin a osé douter des conceptions traditionnelles de la création pour proposer sa théorie de l’évolution.
Le Doute philosophique : Les philosophes, de Socrate à Nietzsche, ont utilisé le doute comme outil central pour explorer les concepts de vérité, de justice et d’existence. Le doute socratique, en particulier, invite à poser des questions profondes, bouleversant les incohérences de certaines certitudes des plus établies.
Le Doute social : Dans les sphères sociales et politiques, le doute face à des systèmes inéquitables a mené à des révolutions majeures. Le doute des Lumières face au droit divin des rois, a conduit à la Révolution française et à la naissance des démocraties modernes.
Quant à la Transgression, elle a permis de briser les chaînes du statu quo
Le Doute manifesté conduit à une action concrète qui prend la forme de la transgression. Transgresser signifie aller au-delà des limites imposées, qu’elles soient culturelles, sociales, politiques ou intellectuelles. C’est cette capacité à enfreindre les normes, non par pur défi mais par nécessité d’explorer, qui a permis à l’humanité de sortir de ses propres entraves. Voici quelques exemples concrets pour l’étayer
Nous savons tous que les avancées technologiques les plus significatives résultent de la transgression des frontières de ce qui semblait impossible. Les vols spatiaux, l’énergie nucléaire, la vulgarisation de l’informatique, de la télématique ou encore de l’intelligence artificielle étaient autrefois des rêves jugés irréalisables, voire dangereux ou considéré comme de la pure fiction hollywoodienne. Et même encore aujourd’hui, Force est de constater que beaucoup de personnes appréhende l’IA comme un danger sans nom !
Le monde des arts et de la culture a toujours été un terrain fertile pour la transgression. Des mouvements comme le surréalisme, le dadaïsme ou encore le modernisme ont brisé les conventions établies, redéfinissant notre perception de la beauté et de la créativité. Ces transgressions artistiques permettent souvent de refléter les changements sociaux et d’encourager des réflexions sur des normes dépassées.
La transgression des normes éthiques a également joué un rôle dans la redéfinition des droits humains.
Des figures comme Rosa Parks, Gandhi ou Mohamed Ali pour ne citer que ceux-là, ont enfreint les lois en place pour défendre des idéaux de justice et d’égalité, poussant ainsi la société à revoir ses fondements.
Cependant si le doute et la transgression sont des forces nécessaires au progrès, elles ne sont pas sans risques.
Un doute sans discernement peut mener au scepticisme stérile, et une transgression incontrôlée peut engendrer le chaos. C’est pourquoi ces forces doivent être équilibrées par un sens aigu de la responsabilité.
Le doute doit s’appuyer sur une recherche de vérité et non sur une simple volonté de rejeter ou de détruire. Il doit inciter à construire des alternatives meilleures et plus solides.
De même, Force est de constater que les transgressions qui ont un réel impact sur l’évolution du monde sont souvent celles qui s’accompagnent d’une vision claire et positive. Elles visent à bâtir plutôt qu’à détruire.
Ainsi le doute et la transgression, bien que souvent perçus comme des forces opposées à l’ordre établi, sont en réalité au cœur de l’évolution humaine. En doutant, l’humanité remet en question ses croyances figées et explore de nouveaux territoires intellectuels. En transgressant, elle s’affranchit des limites qui la freinent pour bâtir un avenir différent. C’est pourquoi chaque fois que ces deux forces sont utilisées avec sagesse et pertinence elles ont permis à l’humanité de repousser sans cesse les frontières de son potentiel.
Pour que le doute et la transgression aient un impact durable et se traduisent en progrès collectif, ils doivent souvent être portés par une structure institutionnelle ou un groupe organisé. Sans cadre, le doute et la transgression risquent de rester isolés, voire inefficaces.
En effet, il est illusoire de considérer qu’un individu animé par un doute légitime ou une volonté de transgression, puisse bouleverser à lui tout seul des paradigmes solidement établis. C’est l’intégration de ses idées dans des cadres institutionnels, académiques, religieux, politiques ou sociaux qui leur donne une portée collective.
Galilée, bien qu’il ait douté de la théorie géocentrique, n’aurait pas eu d’impact durable sans l’appui des académies scientifiques postérieures, qui ont diffusé ses idées. De même, les doutes d’Alan Turing sur les limites de l’intelligence humaine ont pris leur sens à travers des collaborations institutionnelles qui ont permis la naissance de l’informatique moderne.
Il en est de même dans la sphère politique. Les révolutions, bien qu’initiées par des figures individuelles, ne triomphent que lorsqu’un cadre collectif ou institutionnel permet de structurer la transgression. La Révolution française, par exemple, a été portée par des clubs de réflexion comme ceux des Jacobins ou des Girondins, qui ont porté les idées révolutionnaires en actions concrètes.
En somme, le doute et la transgression, loin d’être des menaces, sont les garants d’un monde en mouvement, toujours prêt à se réinventer. À nous d’apprendre à les manier avec discernement, pour continuer à progresser vers un avenir plus éclairé et plus juste.
(dans la 2ème partie, j’aborderai le rôle des structures organisées dans la canalisation du Doute et de la Transgression…)
Simplice Nicoué 15/12/2024