L’art de prendre la parole avec pertinence dans une assemblée aux profils variés.

Prendre la parole devant un l’auditoire composé de personnes aux horizons multiples est un exercice d’équilibriste. Il y a ceux qui viennent avec un bagage intellectuel dense, d’autres avec une solide expérience de terrain, et d’autres encore avec une envie légitime de s’améliorer au contact des autres, de se découvrir à travers les autres et d’apprendre d’avantage pour parfaire leur vie dans la cité, ou qui son tout simplement dans une attente instinctive.
Devant cette mosaïque d’individus, celui qui prend la parole se tient debout, porteur d’une idée, d’une vision, d’une énergie à partager et de quelques savoirs à transmettre.
Mais comment s’assurer que sa parole touche, éclaire, instruit, rassemble ?
Faut-il simplifier à l’extrême, au risque de trahir sa pensée ? Ou bien rester dense, profond, quitte à perdre une partie de ceux et celles qui l’écoutent ? Doit-on adapter son langage ou rester fidèle à sa propre fréquence intellectuelle ?
C’est un débat passionnant, que j’aimerais explorer ici, à la lumière de mon expérience et de mes réflexions.
La pertinence avant tout : dire quelque chose qui compte
Quand on parle à un groupe, publique ou privé, la première responsabilité est d’être utile. Cela semble évident, mais combien de prises de parole sont en réalité de simples démonstrations de savoir ou de statut ! Un discours pertinent est un discours qui apporte quelque chose à l’autre. Il doit répondre à une question, éclairer un angle mort, ouvrir un horizon, une perspective.
La pertinence implique une préparation : quel est mon rôle ? À qui je m’adresse ? Qu’attendent-ils ? Quelles sont leurs références, leurs doutes, leurs aspirations ? L’orateur ne se renie pas, il s’oriente. Il choisit l’axe de sa pensée pour résonner avec ceux et celles qui l’écoutent, ce qu’ils vivent. Il ne déroule pas un monologue : il engage un dialogue, même silencieux…
La clarté : parler à tous, sans infantiliser personne
Clarté ne veut pas dire simplisme. Parler clairement, c’est organiser ses idées, construire un chemin de pensée que chacun peut suivre en tenant bien compte de l’objectif poursuivi par tous et toues. Ce n’est pas abaisser son langage, c’est l’élever au niveau de la compréhension collective.
Il faut parfois utiliser des mots simples, mais puissants. Il faut aussi, quand c’est nécessaire, introduire des termes symboliques, mais en les expliquant, en les incarnant dans un exemple, une image, une métaphore. Un bon orateur est un traducteur de concepts, qui sait interpréter correctement le sens convenu des symboles.
Et surtout, la clarté est une marque de respect. Respect pour l’intelligence de ceux qui écoutent, même s’ils n’ont pas les mêmes références. Respect aussi pour soi-même : je crois en ce que je dis, donc je le rends limpide avec des exemples contextuels.
«La clarté n’est pas une concession ni une divagation, c’est un acte de générosité. Lorsqu’on parle pour que tous comprennent, on ne diminue pas sa pensée : on lui donne des ailes. Car une idée bien transmise ne reste pas enfermée dans un esprit, elle voyage, elle féconde, elle ouvre des voies de rebond, elle transforme.» S. Nicoué
Un discours profond, nourri, dense, riche, peut être un vrai cadeau pour l’auditoire. Mais cette densité doit être maîtrisée. Trop de complexité tue l’attention. Trop de concision tue le sens.
Il ne faut pas sacrifier la clarté à l’autel de l’abstraction. Il faut prendre le temps de poser les choses, de déplier les idées, de montrer les liens, les conséquences, les nuances.
Mais il faut aussi savoir où s’arrêter, où alléger, où respirer.
Parfois hélas, dans cet exercice, il est tentant de se déguiser, de vouloir devenir plus populaire qu’on ne l’est, plus sachant, plus lisse.
Mais ne vous y trompez pas, l’auditoire ressent vite les dissonances. La bonne transmission sans corruption vient de l’alignement entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on est.
Il est donc important de parler avec ses mots, ses images, son style et son rythme, en veillant à rester accueillant. C’est une posture, être soi, pleinement, mais en créant de la place pour l’autre dans le chemin de l’apprentissage collectif.
La véritable maîtrise du sujet, ce n’est pas de parler plus fort. C’est de parler plus juste. C’est dire quelque chose qui a du poids, et le dire d’une manière qui fait grandir, pas qui écrase avec des mots savants, des citations et/ou des expressions toutes faites glanées ici et là.
Pour conclure je crois tout simplement que parler devant une assemblée diverse, ce n’est pas faire une synthèse molle, avec des raccourcis démagogiques.
C’est faire un acte de foi : foi dans l’intelligence collective, foi dans la capacité des mots à ouvrir des portes.
On ne parle pas pour impressionner. On parle pour faire avancer. Pour faire vibrer. Pour faire comprendre. Et si possible, pour donner envie d’aller plus loin – pour ceux et celles qui prennent le temps qu’il faut pour écouter, sans à priori, sans idées arrêtées ni sur l’orateur ni sur le sujet traité -.
Alors non, il ne faut pas simplifier à outrance. Il ne faut pas non plus s’enfermer dans la densité ou dans une concision abstraite. Il faut trouver le point d’équilibre, l’endroit où la pensée s’élève en restant enracinée. Ce point où l’on touche tous les esprits sans trahir le sien. Et c’est là, peut-être, que commence la vraie magie de la parole.
Simplice Nicoué
30 Mars 2025.
Merci pour cette Master Classe en art oratoire et développement personnel.
En ce 21eme siècle nous devons être capacité en ces deux » atouts majeurs » entre autres pour réussir dans nos entreprises.
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